En Suisse aujourd’hui : trois types de contextes

Instaurer une zone de rencontre permet à des usagers dont les besoins peuvent apparaître comme très différents  de se partager un espace public sans que celui-ci soit obligatoirement «sectorisé» en sous-espaces correspondant aux spécificités de chacun. L’usage de l’espace public est perpétuellement «négocié» entre les différents usagers (piétons, cyclistes, automobilistes, etc.). Ce mode de gestion est adapté à différents contextes.

Les rues de quartiers résidentiels

Ces rues, situées hors des axes de transit urbains, sont généralement peu fréquentées (trafic journalier faible) et représentent donc un potentiel d’espace public propice à l’appropriation (par les habitants) important. En mettant en place des zones de rencontre dans ce type de contexte, les rues ne sont plus seulement des espaces de circulation mais deviennent des lieux de vie. On peut y stationner son véhicule, mais également jouer au ballon ou à d’autres jeux d’extérieur, investir la rue avec des tables et des chaises le temps d’un apéritif de voisinage ou d’un moment d’échange réunissant les habitants du quartier, y faire du roller, etc.

Rue jardin

De tels exemples existent aujourd’hui dans de nombreuses communes, bien que, à l’exception de quelques petites rues réalisées avant la nouvelle ordonnance, ce sont plutôt les grandes villes de Suisse qui réalisent des zones de rencontre sur des rues de quartier. Berne en compte actuellement plus de 80: ce sont en général de petites zones, situées à l’intérieur de zones 30, mises en place sur demande, avec des aménagements légers, réalisés en partie par les habitants eux-mêmes. Les villes de Bâle et de Zürich pratiquent des politiques similaires. Le quartier du Lerchenberg à Zürich est d’ailleurs particulièrement intéressant à signaler car l’instauration de la zone de rencontre fait suite à une démarche menée par une société coopérative auprès des habitants dans le but de tranquilliser la rue d’accès à un lotissement d’immeubles des années 60.

A Lausanne, il existe une zone de rencontre dans le quartier des Fleurettes, une autre dans le quartier de Bellevaux, d’autres demandes étant actuellement en cours. Genève compte également un certain nombre de zones de rencontre, comme par exemple le secteur des rues Leschot-Vignier-Patru.

Les contextes centraux

-    Les places de gare et interfaces de transports publics
L’intérêt de mettre en place une zone de rencontre dans ce type de lieux réside dans la gestion des flux. Ces interfaces sont extrêmement fréquentées, par des usagers très différents (transports publics, taxis,  automobilistes, cyclistes, piétons, etc.) et subissent des pics importants au cours de la journée qui sont liés aux arrivées et départ des transports publics. L’abaissement de la vitesse et la perméabilité de l’espace (suppression des seuils, traversées non canalisées, rétrécissement des largeurs de chaussée, etc.) permet une absorption de flux beaucoup plus importante et surtout beaucoup plus fluide par rapport à des systèmes traditionnels (canalisation des flux piétons à certains endroits avec mise en place de feux de signalisation par exemple). Citons comme exemples les places de la gare des villes d’Yverdon, de Genève, de Delémont, de Coire, de Baar et de Baden.

-    Les rues commerçantes
Instaurer des zones de rencontre dans les rues commerçantes d’un centre-ville ou d’un village permet de concilier deux intérêts a priori contradictoires: celui de permettre l’accessibilité aux commerces par des véhicules (et ainsi d’éviter la désertion de ces rues au profit de grand centre commerciaux en périphérie par exemple) et celui d’offrir aux promeneurs un espace accueillant (faibles nuisances sonores, peu de pollution, facilité de traversées, etc.) propice à la flânerie, à la déambulation et au farniente (sur une terrasse ombragée par exemple). On peut d’ailleurs observer que, contrairement à la crainte généralement exprimée par les commerçants relative à la diminution de places de parking et à la modération du trafic, la fréquentation des commerces et des établissements publics se trouve augmentée suite à la mise en place de zones de rencontre dans de tels contextes.
Citons comme exemple réussi le centre ville de Sion avec la place du midi, l'espace des Remparts, la rue de Lausanne et la rue des Grands-Ponts http://www.zonederencontre.ch/home/zone_show.aspx?bu=/home/zone_liste.aspx&id=888&mode=View&sort=gemeinde_name&sortdesc=0et la place du marché à la Chaux-de-Fonds.

-    Les centres anciens
L’instauration de zones de rencontre dans les centres anciens avalise généralement une situation de fait, la nature et la dimension des rues induisant nécessairement une négociation de l’espace public de la part de tous les usagers.
Citons comme exemples St-Blaise, Cossonay, la basse ville de Berne, la vieille-ville de Genève, Soleure, Manno et le secteur des rues Seidenhofstrasse, Sonnengartenstrasse, Frongartenstrasse, Bleichestrasse, Bäckerstrasse et Schreinerstrasse de St-Gall.

Les situations particulières

L’instauration d’une zone de rencontre peut également être opportune dans d’autres situations, généralement lorsqu’un espace public est confronté à la présence contradictoire d’un grand nombre d’usagers très différents: devant les écoles comme celle de la rue Dumas à Genève, dans des zones d’activités comprenant un ou plusieurs bâtiments publics comme la Schmiedeplatz à Baden, dans un centre de localité traversé par une route cantonale comme à Bremgarten (qui a obtenu une distinction dans le cadre du prix Flaneur d’Or 2008), dans des contextes touristiques comme à Montana (voir le quatrième bulletin Rue de l’Avenir de l’année 2005) ou encore autour d’un centre commercial comme celle du stade de la Maladière à Neuchâtel.